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Au-delà du web marchand, le web des artistes, fertile et inventif
par Hervé ASQUIN

PARIS, 28 oct (AFP). Il y a une vie sur internet au-delà du web marchand: pour preuve, ces milliers de sites du Net Art, l'art en réseau, infiniment plus inventifs que leurs homologues commerciaux.

Annick Bureaud (voir son guide à l'adresse http://nunc.com) en est une avocate enthousiaste.

"Les artistes sont arrivés bien avant le e-business sur l'internet, ils ont fait partie de ceux qui l'ont inventé, l'argent n'est arrivé qu'après", souligne cette enseignante de l'Ecole d'Art d'Aix en Provence qui collabore aussi à la prestigieuse revue de Catherine Millet, artpress.

Si l'internet marchand subit une redoutable crise, le Net Art, assure-elle, ne s'est jamais mieux porté: "Je n'arrive plus à tout voir, le nombre de manifestations temporaires croît de manière considérable".

L'art en réseau a ses pères-fondateurs, le Français Fred Forest et le Britannique Roy Ascott. Tous deux ont fait de l'internet bien avant internet et du mail bien avant le mail.

"Le Mail Art existait déjà il y a vingt ou trente ans même si, à l'époque, la technologie se résumait à la correspondance postale", se souvient Fred Forest, 68 ans.

Dans cette préhistoire de l'art en réseau, le courrier (mail) n'est pas encore électronique mais il réunit déjà des artistes, en l'occurrence de part et d'autre du Rideau de fer, en pleine Guerre froide et à l'écart des circuits institutionnels.

Dans l'oeuvre féconde de Fred Forest (www.webnetmuseum.org/), l'irruption de l'internet survient le 2 septembre 1995 avec un programme expérimental interactif réalisé en direct par la Radio Télévision Suisse Italienne sur le plateau du Théâtre de Locarno.

Pour la première fois, cette performance associe télévision, radio, téléphone et...

l'internet balbutiant pour célébrer le Centenaire du cinéma et de la radio.

L'année suivante, Fred Forest est l'auteur d'une autre première, mondiale celle-ci, lorsque "Parcelle/Réseau", l'une de ses oeuvres destinée au web, est adjugée pour 58.000 francs sous le marteau de Maître Jean-Claude Binoche à Drouot. "Elle n'avait pas de matérialité, son acheteur a acquis une enveloppe contenant le code d'accès pour 58.000 francs", spécifie-t-il.

Depuis, le marché du Net Art est resté embryonnaire mais Fred Forest rêve d'une "époque où les particuliers achèteront des oeuvres virtuelles pour les exposer chez eux sur un écran plat mural".

En attendant, seuls quelques musées ont acquis des sites, tels le Museum of Modern Art de San Francisco (www.sfmoma.org), le Walker Art Center de Minneapolis ou le Guggenheim (www.guggenheim.org), tandis que de rares galeries virtuelles se hasardent sur le net (www.panoplie.org).

Pour Norbert Hillaire, professeur à l'Université de Nice Sophia, le Net-Art est en effet confronté à un écueil majeur, celui "d'une impossible transmission" d'oeuvres en perpétuel devenir. Jusqu'ici, relève-t-il en substance, l'art et la culture se transmettaient de génération en génération ce qui supposait une stabilité des oeuvres dans le temps que ne garantirait plus le net.

Sur son site (www.blackeyed.com), Jimmy Owenns (pseudonyme d'une web-artiste de 20 ans) manie avec virtuosité journal intime photographique et poésie. "Jusqu'à présent, je me suis exprimée uniquement sur le web, c'est plus interactif, ça permet de faire passer davantage de sentiments, d'impressions et de sensations", explique- t-elle.

Et de donner sans doute l'une des clefs de l'engouement pour le Net Art: "A la vue d'une photo dans la presse, je ne ressens pas grand-chose alors que si je vais voir le site de son auteur, j'y retrouve tout son univers".