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Le Flou, Le Dédoublement de la figure

Le flou manifeste une absence de netteté où les contours tendent à se dédoubler et les formes deviennent des masses d'ombres et de lumières. Peu de détails apparaissent à l'œil nu, les traits se confondent les uns dans les autres et se disloquent provoquant plusieurs niveaux de lisibilité. Dans un premier temps, le flou photographique peut être apparenté à une maladresse mais il s'avère être également un style pertinent dans la manière de concevoir et de transposer le réel qui est de ce fait plus ou moins défini. La réalité n'est pas toujours évidente à re-transcrire.

L'artiste Jimmy Owenns dans son site The Photographic-Diary Project réalisé intégralement en photographies numériques a constitué un journal intime où le flou est omniprésent provoquant un dédoublement de l'image. Cela rejoint son questionnement sur une réalité journalière qui semble difficile à saisir. Même dans le quotidien le réel ne paraît pas être directement évident, il a sa part de mystère. Le flou renvoie à une spontanéité où le temps trop fuyant défile si vite qu'il est vital de l'attraper au vol. Cela signifie aussi laisser une part prégnante à l'imprévu, l'intuition qui finit par se transformer en image étonnamment poétique. Ces autoportraits ne dévoilent jamais directement son identité où le visage serait immobile aux traits bien distincts, au contraire il apparaît dans le mouvement, dans l'action ce qui le rend si insaisissable. En scrutant de manière approfondie The Photographic-Diary Project des définitions de terme psychologie et psychiatrique apparaissent dont celui de la schizophrénie renvoyant au flou iconique. Un dédoublement s'opère provoquant une rupture avec le modèle et le réel. L'image à travers le flou devient une icône, un emblème qui échappe aux contours de la figure. Le flou photographique produit une schizo sur la réalité qui la reproduit de manière à laisser apparaître un espace indiciel lié au dédoublement. Jimmy Owenns produit des images laissant apparaître la fluidité du mouvement ce qui peut paraître à l'opposé de la vocation photographique destinée à figer un moment défini, claire de façon à discerner les contours. Dans ce contexte la photographie est davantage vouée à laisser une trace indicielle plus qu'à garder une mémoire éternelle où tout doit être reconnaissable.

Le flou laisse un trouble photographique sur la destination du regard, où va-t-il se porter et s'arrêter ? Jimmy Owenns en immerge la quasi intégralité de l'image. Cependant il peut apparaître sur des zones bien définies de la photographie. Par cet intermédiaire un renversement est provoqué entre le premier plan et l'arrière plan. Mais quand ce qui est devant devient flou une ambiguïté surgit sachant qu'avec le principe de la profondeur de champ c'est ce qui est derrière le premier plan qui devient de plus en plus flou. C'est de cet effet que joue Bernard Plossu où le portrait est totalement flou alors que tout le reste de l'espace demeure net et précis. Le visage est une masse de forme de lumière et d'ombre de noir et blanc. Les pistes sont d'une certaine manière brouillées et l'image demande à voir ce qui dans un premier temps n'est pas directement lisible. Cela demande au spectateur de prêter attention à des parties de l'image qui peuvent paraître anodines. Bernard Plossu permet au regard de se diriger vers d'autres horizons, si bien qu'une fenêtre s'ouvre vers l'horizon infini des montagnes.

Dans ces contextes bien particulier le flou photographique relève d'un choix bien déterminé de la part des artistes qui ont réfléchi à leur composition et à leur conception de retranscrire la réalité. Selon Jimmy Owenns la réalité est en perpétuel mouvement, l'image elle-même est amenée à se mouvoir dans ses propres contours. Par contre Bernard Plossu propose d'autres hiérarchies du visible de manière à perturber le regard du spectateur.